Découpe laser et coiffe madras chez ANTIK

Découpe laser et coiffe madras chez ANTIK

2026-06-01

Par Marvin, fondateur et chef d'ANTIK

Sur chaque bouteille ANTIK, il y a un carré de tissu noué par-dessus le bouchon bois. C'est du madras, et longtemps je l'ai coupé aux ciseaux. Je vais raconter comment on est passés à la découpe laser pour la coiffe madras, et pourquoi le reste, je le fais toujours à la main.

Origine du tissu madras

Le madras tire son nom de la ville de Madras, en Inde, aujourd'hui Chennai. C'est de là que vient le tissu, un coton tissé à carreaux qui a voyagé jusqu'aux Antilles. Là-bas il est devenu autre chose qu'un textile parmi d'autres.

Je précise tout de suite : je suis pas historien du textile. Ce que je connais du madras, c'est ce que j'en ai vu chez moi, dans la famille. Pour l'origine indienne et le lien avec la ville de Madras, je renvoie à des sources sérieuses comme le Victoria and Albert Museum de Londres, qui documente les cotonnades indiennes et leur diffusion par le commerce. Moi je résume, parce que c'est vrai, mais c'est pas mon métier. Mon métier c'est le rhum infusé, et le madras j'y suis arrivé par l'héritage, pas par les livres.

Ce qui compte pour ANTIK : ce tissu n'est pas un déguisement folklorique posé sur une bouteille. Il vient d'une vraie ligne, l'Inde puis les Antilles puis Marseille, où je travaille. C'est ce trajet-là que je trouve juste.

Utilisation du tissu madras

Aux Antilles, le madras sert d'abord à s'habiller. Robes, foulards, coiffes nouées sur la tête. C'est un tissu de tous les jours qui est aussi devenu un tissu de fête, avec ses carreaux colorés qu'on reconnaît de loin.

Côté technique pure, le madras est un coton. Ça se coupe, ça se coud, ça s'effiloche si on s'y prend mal. Au Fablab où je découpe, j'ai vu pas mal de monde passer au laser pour le tissu, et c'est aussi ce que décrivent les fabricants de machines. L'intérêt sur du coton : le laser cautérise le bord. Le coton carbonise, il ne fond pas, et ce bord cuit limite l'effilochage. C'est ce procédé-là qu'on a fini par adopter chez nous, mais pour un usage à nous : pas une robe, un carré qui ferme une bouteille.

Chez ANTIK, le madras a donc une fonction. Il coiffe le goulot. C'est pour ça qu'on appelle ça la coiffe. Une couleur de tissu par recette : un madras pour le FIRE, un pour le GREEN, un pour le YELO. Quand j'ai fini de découper tous mes tissus FIRE, je passe au GREEN. Quand j'ai plus de tissu GREEN, ben j'attends le réassort, et c'est arrivé.

Signification culturelle du tissu madras dans l'héritage antillais

ANTIK, c'est un double héritage. Les recettes viennent de ma famille, côté Martinique. L'atelier est à Marseille, dans les Quartiers Nord, où je fabrique depuis 2019, d'abord sous mon auto-entreprise ; la marque ANTIK, elle, existe depuis 2023. Le madras, c'est le point où ces deux moitiés se touchent.

Mettre du madras sur la bouteille, c'est pas un choix déco. Le tissu raconte d'où viennent les recettes. Aux Antilles, le madras a porté l'identité créole pendant des générations, du quotidien aux jours qu'on marque. Le poser sur un rhum infusé fabriqué à Marseille, c'est dire les deux choses en même temps : d'où je viens, et où je travaille.

Je dis pas que je réinvente la culture antillaise avec un carré de coton. Je dis juste que la bouteille porte une marque honnête de son origine, et que pour moi ça vaut mieux qu'une étiquette qui fait semblant. C'est ce que je peux faire, à mon échelle, depuis Marseille.

Fabrication de la coiffe

Maintenant la coulisse, parce que c'est ça le vrai sujet. Au début je coupais les coiffes aux ciseaux, un carré après l'autre, sur un patron. Une journée entière à se casser le dos pour découper du tissu. À un moment j'ai dit stop, faut arrêter de subir ça.

Mon associé David, c'est lui la partie technique. Il a écrit un petit script en Python qui calcule le placement des coiffes sur le tissu. L'idée : ranger un maximum de carrés sur une planche en laissant le moins de chutes possible. Un pavage, quoi. Le script sort un fichier que la découpeuse suit au laser.

Le fichier réel s'appelle pavage_coiffe_opti.dxf, de 2024. Dedans, il y a 33 coiffes rangées sur une seule planche d'environ 84 par 77 centimètres, qui est la largeur d'un coupon de madras. Chaque coiffe fait 280 par 110 millimètres, avec un trou de 18 millimètres pour laisser passer le goulot et le bouchon. Concrètement : je cale la planche, un passage laser, et je récupère 33 coiffes nettes au lieu d'une journée de ciseaux.

Pour les réglages précis (puissance, vitesse), je vais pas en donner, et c'est volontaire : ça dépend de la machine du Fablab, du grammage du coupon et de l'humidité du jour, faut refaire un essai à chaque fois. Sur un coton fin comme le madras, on reste bas en puissance pour cautériser le bord sans cramer le motif. Je récupère les bons réglages sur place, dans la session de la machine, quand elle est pas verrouillée.

La découpe, je la fais au Fablab Marseille, 38 rue Joliot Curie dans le 13013. On y est inscrits depuis 2024, et je paie l'accès de ma poche, c'est dit. Avec le laser faut pas regarder le faisceau, c'est la règle. Petit producteur, petites galères.

Le point que je veux faire passer : c'est pas de l'industrialisation. Le geste final reste 100 % à la main. Coiffer chaque bouteille, nouer le madras par-dessus le bouchon bois, ça c'est moi, une bouteille après l'autre. On a juste rendu la découpe propre et reproductible, pour arrêter de perdre du tissu et du dos. Le maker au service de l'artisanat, pas à la place.

On reste un petit producteur, avec 73 points de vente et deux mains qui nouent. Le laser a juste enlevé la corvée qui servait à rien.

Questions fréquentes

Pourquoi découper la coiffe madras au laser plutôt qu'aux ciseaux ?

Parce qu'aux ciseaux c'était une journée entière à se casser le dos pour un patron, avec des chutes partout. Le script Python de mon associé David calcule le placement de 33 coiffes sur une planche de tissu en minimisant les chutes, et le laser suit ce plan. Le bord est net, le laser cautérise le coton (il carbonise, il ne fond pas), ce qui limite l'effilochage, et je récupère mon temps pour le reste.

Est-ce que le madras des bouteilles ANTIK est posé à la machine ?

Non. La seule étape outillée, c'est la découpe du tissu au laser, au Fablab Marseille. Le coiffage lui-même reste manuel : je pose le carré de madras et je le noue par-dessus le bouchon bois, bouteille par bouteille. On n'a pas de chaîne.

Pourquoi une couleur de madras différente par recette ?

Pour distinguer les trois rhums du premier coup d'œil : un madras pour le FIRE, un pour le GREEN, un pour le YELO. Je découpe une couleur à la fois. Quand j'ai fini les tissus d'une recette, je passe à la suivante, et quand un coupon est épuisé j'attends le réassort.


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