Exporter un rhum infusé en Europe : la réglementation

Exporter un rhum infusé en Europe : la réglementation

2026-06-01

Par David Appadourai, ANTIK

On a voulu sortir nos bouteilles de France, et on a vite compris qu'« exporter un rhum infusé en Europe » n'est pas une case à cocher.

Définition du rhum

Première chose qu'on a comprise en regardant les textes : au sens européen, le rhum est une chose précise. Une boisson spiritueuse faite uniquement à partir de canne à sucre, distillée à moins de 96% vol., et mise sur le marché à 37,5% vol. minimum. Pas d'ajout d'alcool après distillation. Pas d'aromatisation. Le caramel est toléré pour ajuster la couleur, et l'édulcoration est encadrée, avec un plafond cité de 20 g/L exprimés en sucre inverti pour certains rhums. Les rhums traditionnels, eux, sont traités plus strictement.

Nous, on est à 50% vol. sur toute la gamme, donc côté degré on est large. Le problème n'est pas là. Le problème, c'est le mot « infusé ». Dès qu'on met du piment, de l'hibiscus, du thé vert ou du gingembre dans la bouteille, on ajoute des ingrédients. Et pour Bruxelles, à ce moment-là, ce n'est plus juste un « rhum ».

C'est ça qui surprend quand on débarque du marché français, où tout le monde dit « rhum arrangé » comme si c'était une catégorie. En droit européen, ça ne l'est pas.

Règlement européen rhum

Le texte qui décide, c'est le règlement (UE) 2019/787, appliqué depuis le 25 mai 2021. C'est lui qui fixe la définition du rhum et les règles d'étiquetage dans toute l'Union.

Ce que j'en retiens pour nous : l'UE ne reconnaît pas la dénomination « rhum arrangé ». Selon la composition et le degré, un produit avec des ingrédients ajoutés tombe plutôt dans « punch au rhum » ou « liqueur au rhum ». Le principe central qu'on en tire, c'est qu'une technique d'infusion n'est pas automatiquement compatible avec le mot « rhum ». Dès qu'on ajoute des aromatisants, on sort de la catégorie.

Et le pire, c'est que ça change d'un pays à l'autre. On a fait une tournée de cavistes aux Pays-Bas, plus un bar. Ils ont adoré FIRE et GREEN, vraiment. Et on s'est quand même pris un mur : là-bas, on nous a expliqué que la réglementation sur les macérations de longue durée rend la vente très compliquée. Je rapporte ce qu'on nous a dit sur place, on n'a pas creusé le texte néerlandais nous-mêmes. La seule porte de sortie qu'on nous a proposée, c'était de filtrer le produit pour ce marché précis. Filtrer une macération qu'on fait justement longue et entière, juste pour passer une frontière. On n'a pas encore tranché, mais ça me reste en travers.

À côté de ça, il y a la circulation et les accises, qui se gèrent par le système EMCS avec un document d'accompagnement (DAE). Et les montants varient énormément. Sur nos propres calculs, faits en interne à partir des taux par pays, on tombe autour de 2,40 € par bouteille en Espagne contre près de 7,48 € en Belgique. À prendre comme une estimation maison, pas comme un barème officiel. Même produit, même bouteille, et 5 € d'écart rien que sur l'accise selon où elle atterrit. Quand tu produis peu et que tu fais tout à la main, ça compte.

Normes d'hygiène pour infusion artisanale

L'export ne change pas notre façon de travailler à l'atelier, mais il oblige à pouvoir tout prouver, et à coller au cadre UE. Le texte de base, c'est le règlement (CE) 852/2004, le Paquet Hygiène. Il impose deux choses qui nous concernent direct : l'enregistrement sanitaire de l'établissement auprès de l'autorité, et la mise en place d'un système basé sur les principes HACCP, c'est-à-dire identifier les points où ça peut déraper et les maîtriser. Ce n'est pas optionnel, c'est la condition pour produire de l'alimentaire en règle.

Chez nous, la macération artisanale tourne avec des protocoles d'hygiène et une traçabilité par lot, qui s'inscrivent dans cette logique-là. Concrètement, je sais d'où vient chaque ingrédient, dans quel lot il est parti, et quand la bouteille a été remplie.

C'est pas du luxe administratif. Le jour où un caviste à l'étranger demande la fiche d'un lot, ou qu'une douane veut comprendre ce qu'il y a dans la bouteille, c'est ça qui parle pour toi. Une infusion, ce sont des matières fraîches qui macèrent. Si tu n'es pas carré sur l'hygiène et la traçabilité dès la production en France, tu n'as rien à montrer à l'export. Et un produit qu'on ne peut pas tracer, on ne l'exporte pas.

Étiquetage alcool UE pour rhums infusés

C'est le point le plus piégeux. En UE, tu ne peux pas écrire « rhum » sur une bouteille qui contient des ingrédients ajoutés et la vendre sous cette dénomination. Les règles d'étiquetage des spiritueux relèvent du règlement (UE) 2019/787, et la dénomination légale doit coller à ce qu'il y a dedans, souvent « punch au rhum » selon la composition et le degré.

Une partie des mentions est harmonisée à l'échelle UE : la dénomination, le titre alcoométrique (50% vol. pour nous), le volume, la liste des ingrédients et surtout les allergènes. Ça, c'est commun. Ce qui bouge d'un pays à l'autre, c'est la langue exigée et certaines exigences nationales par-dessus. Ce qu'on assume en boutique en France ne suffit donc pas tel quel ailleurs.

C'est ce croisement qui nous a appris le métier : le terrain qui ferme des portes, et les textes qui expliquent pourquoi. Personne ne peut le raconter à notre place.

Questions fréquentes

Un rhum infusé peut-il s'appeler « rhum » à l'export en Europe ?

Pas tel quel. Le règlement (UE) 2019/787 réserve « rhum » à un produit sans aromatisation ni ajout. Un rhum infusé, avec des ingrédients ajoutés, relève plutôt de « punch au rhum » ou « liqueur au rhum » selon sa composition et son degré.

Pourquoi certains pays de l'UE sont-ils quasi fermés au rhum infusé ?

On l'a vécu aux Pays-Bas : on nous a expliqué sur place que la réglementation sur les macérations de longue durée y rend la vente très compliquée, même quand le produit plaît. La seule issue qu'on nous a proposée était de filtrer le produit pour ce marché.

Les taxes sont-elles les mêmes partout en Europe ?

Non, et l'écart est gros. Sur nos calculs internes, on est autour de 2,40 € d'accise par bouteille en Espagne contre près de 7,48 € en Belgique, à prendre comme une estimation maison. La circulation passe par le système EMCS avec un document d'accompagnement.


L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.