Cocktail ti punch : choisir le rhum blanc qui tient le verre

Cocktail ti punch : choisir le rhum blanc qui tient le verre

2026-08-30

Par Marvin, fondateur et chef d'ANTIK

Trois éléments dans le verre et rien pour se cacher : voilà le ti punch vu depuis ma place, celle du gars qui fait goûter ses bouteilles à des barmans toute l'année.

Cocktail ti punch : trois éléments, une seule vraie décision

Le ti punch, c'est un rhum agricole blanc, du sucre de canne et un morceau de citron vert, servi sans glace pilée. Toutes les recettes en ligne racontent les mêmes gestes, et elles ont raison, y'a pas grand chose à raconter là dessus. Pour donner une base chiffrée sans en faire une loi : une cuillère à café de sucre de canne ou 1 cl de sirop, une tranche de citron vert dont on presse l'écorce au dessus du verre, 4 à 6 cl de rhum, pas de glace pilée. Après, chacun sa main, et je vais pas trancher à la place de quelqu'un qui en prépare quarante par service.

Ce qu'aucune recette ne dit, c'est que la décision qui pèse le plus, c'est la bouteille. Le sucre se dose à la cuillère. Le citron, c'est un morceau. Tout le reste du verre, c'est du rhum. Le citron compte quand même, un citron vert mou et sec donne un jus plat, et un sucre mal dosé écrase le verre ou le laisse râpeux. Mais ça, ça se corrige en dix secondes sur le verre suivant, alors qu'un rhum sans relief, vous en sortez pas, aucune proportion vous sauvera.

Sur le choix du rhum, par contre, j'ai un avis, parce que c'est mon métier de faire goûter des bouteilles à des gens qui ont autre chose à faire que m'écouter.

Un format nu, ça se paye

Un cocktail court, sans glace pilée pour arrondir, sans sirop pour rattraper, ça ne pardonne rien. C'est exactement la logique dans laquelle on travaille. Nos rhums infusés sont à 50% vol. et à moins d'1 g de sucre par litre. Il n'y a pas de sucre pour cacher une infusion ratée : si le lot n'est pas bon, ça s'entend à la première gorgée, et il sort pas.

Ce choix coûte quelque chose, autant le dire. Le nombre de gens qui m'ont dit que le FIRE était trop fort, je les compte plus. Je change rien pour autant, un piment hibiscus qu'on adoucit devient une liqueur, et on en a fait le tour au bout de deux verres. Quand une recette bouge chez nous, c'est assumé et c'est raconté, j'ai déjà expliqué ce que ça implique de changer une recette quand il reste du stock.

Faire goûter à des barmans, c'est déjà un exercice de ti punch

Ce printemps on a enchaîné les tournées chez des cavistes et des bars à cocktails, Bordeaux, Lyon, Nantes, Paris. Notre alternante prend les rendez vous et passe en boutique, moi je me déplace sur les endroits où il faut le patron en face.

Dans un bar qui tient aussi un restaurant et une cave juste en face, on a fait goûter, et le retour c'était : surprenant. Pas d'avis tranché, rien de plus. La responsable a dit de repasser pour faire goûter aux barmans. Surprenant, c'est pas un non, c'est pas un oui non plus, et honnêtement je sais pas encore de quel côté ça tombera. C'est là que le format nu sert à quelque chose : quand y'a rien autour, on sait vite si le liquide tient debout ou pas.

À Nice, j'ai laissé des échantillons dans plusieurs bars, puis relancé par Insta, par téléphone, par mail. Certains ont goûté et doivent faire remonter aux patrons. J'attends. C'est aussi ça le métier, faire goûter puis relancer, et relancer encore.

« Trop niche, trop de storytelling » : le verre doit tenir sans récit

Un patron de boutique avait déjà une bouteille de FIRE quand on est passés. Son retour a été direct : trop niche pour sa clientèle, et trop de storytelling derrière les rhums, ses clients auraient du mal. Je l'ai pas mal pris, il a raison sur un point.

L'histoire existe et elle est vraie, recettes familiales martiniquaises, atelier à Marseille, activité lancée en 2019. Je la raconte quand on me la demande, sur notre histoire ou dans le parcours du fondateur. Mais elle passe après le verre, jamais avant. Un ti punch réussi tient au goût seul, et si le rhum est décevant, mon récit arrange rien du tout. C'est pour ça que j'aime cette préparation : elle règle le débat en dix secondes, sans argumentaire.

Servir un ti punch qui montre le rhum au lieu de le masquer

Ce que je vois beaucoup en bar : une présentation cocktail correcte, la bouteille posée à côté, et à aucun moment y'a un truc valorisant. La bouteille sert de décor. Sur un ti punch c'est le comble, c'est le seul verre où le produit est presque seul, et on le traite comme un accessoire de photo.

Le format qui m'intéresse, c'est l'inverse et il est simple à filmer : le bartender prépare, il dit quel rhum il a choisi et pourquoi, fin. Notre alternante a proposé d'y ajouter l'accord mets, du genre « pour l'accompagner, le bar propose ce plat de sa carte ». Une prise, presque aucun moyen, et ça ressemble à ce qu'on est. C'est la même logique quand on anime un atelier cocktail rhum à Marseille : les gens retiennent le geste et le produit, pas le discours.

Ce que je sers quand quelqu'un veut juger la bouteille

Nos trois rhums sont infusés, pas des agricoles blancs. Un ti punch au sens strict, c'est donc pas notre bouteille, et je vais pas faire semblant du contraire pour ramasser une recherche Google. Ce que je fais en rendez vous, c'est du pur, à température, sans rien autour. GREEN, c'est thé vert, citron, citronnelle, il passe froid comme chaud. YELO, c'est curcuma, gingembre, agrumes et sichuan, c'est celui que les pros demandent le plus en ce moment, j'en parle en détail dans notre cocktail rhum curcuma gingembre. FIRE, c'est piment et hibiscus, celui qui divise.

On produit peu, et ça se voit tout de suite : ce printemps j'ai passé environ un mois en rupture de FIRE, j'ai basculé mes rendez vous sur GREEN et YELO, et j'ai tenu une liste d'attente. Un bar toulousain qui avait pris une caisse de FIRE en mars lançait sa carte cocktails pendant ce trou, j'ai dû attendre le réappro pour le rappeler. Faire à la main, ça veut dire ça aussi, pas seulement une jolie étiquette. Ce texte s'adresse aux personnes majeures.

Questions fréquentes

Quel rhum blanc choisir pour un cocktail ti punch ?

Quatre repères. Un, du pur jus de canne, pas de la mélasse, et sur une bouteille martiniquaise l'AOC Martinique est marquée sur l'étiquette. Deux, le degré : les blancs de dégustation sont à 50 ou 55 % vol., un 40 % se fait avaler par le sucre et le citron dans un verre aussi court. Trois, la distillation en colonne créole, c'est ce qui donne le profil végétal, canne fraîche, ce côté olive et saumure que les blancs de mélasse n'ont pas. Quatre, goûtez la pur avant de couper quoi que ce soit. Chez les producteurs martiniquais, Neisson ou La Favorite sont des noms que tous les cavistes rhum connaissent, et c'est pas notre catalogue, on n'en fait pas.

Peut-on faire un ti punch avec un rhum infusé ?

Ce serait plus un ti punch au sens strict, puisque l'infusion est déjà dans la bouteille. Nos rhums sont à 50% vol. et peu sucrés, ils tiennent en cocktail court sans se faire masquer, mais je les présente comme ce qu'ils sont : des rhums infusés, pas des agricoles blancs.

Faut il de la glace dans un ti punch ?

Il se sert sans glace pilée. Au delà de ça, chacun sa main, je vais pas donner de leçon à un barman qui en fait tous les soirs.

Où goûter ou acheter vos bouteilles ?

On est présents sur 73 points de vente en France, surtout à Paris et à Marseille, entre bars de quartier, bars à cocktails et cavistes. En direct, c'est 49,99 € TTC la bouteille, et 25 € HT pour les professionnels.


L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.