Maminus, son jardin, et la feuille qu'il m'a fallu six ans

Maminus, son jardin, et la feuille qu'il m'a fallu six ans

2026-08-17

Par Marvin, fondateur et chef d'ANTIK

Toutes les recettes de la maison viennent de ma grand-mère. On l'appelle Maminus. C'est son visage sur notre logo, et ce n'est pas une image qu'on a choisie pour faire joli, c'est la personne qui a fait les mélanges avant moi.

Ce qu'elle faisait, elle ne l'appelait pas une recette

Dans sa cuisine en Martinique, il y avait des bouteilles qui macéraient. Du piment, de l'hibiscus, des feuilles ramassées à côté. Rien n'était écrit. C'était une habitude, pas un procédé.

Quand j'ai voulu en faire un produit, j'ai découvert le problème que rencontre tout le monde dans ce cas : une habitude, ça se transmet en regardant, pas en lisant. Il a fallu la faire parler, refaire, rater, et recommencer avec des quantités notées cette fois.

Je suis cuisinier de formation. Ça m'a servi à structurer. Ça ne m'a pas donné les recettes.

La feuille que je n'arrivais pas à trouver

Sa recette de vert partait d'une feuille précise. La lippia alba, qu'on appelle la brisée. Une feuille séchée, très aromatique, qu'on infusait chez nous depuis longtemps.

En 2019, quand j'ai lancé ANTIK, je ne l'ai pas trouvée. Pas en quantité, pas de façon régulière, pas à un prix qui tenait. J'avais un atelier dans les Quartiers Nord, un budget serré, et une recette à laquelle il manquait son ingrédient principal.

Alors j'ai adapté. J'ai mis du thé vert à la place, et le GREEN a existé comme ça pendant six ans. Ça a mieux marché que prévu. Dans ma tête, c'est resté une version de secours.

Décembre 2025, je tombe enfin sur de la brisée séchée chez un producteur réunionnais. Février 2026, je confirme la source. 210 € le kilo. Le thé vert m'en coûtait quelques-uns. J'ai relu la facture deux fois, et j'ai basculé quand même. Une recette de famille faite avec un substitut pendant six ans, tu le sais à chaque bouteille que tu coiffes.

La biguine que je suis allé chercher

Il y a quelques semaines, je préparais une masterclass à Paris et je voulais un morceau précis en fond. Une biguine. La musique des anciens chez nous, celle qui passait pendant que les bouteilles macéraient.

Je ne me souvenais plus du titre, seulement d'une boucle. J'ai appelé mon père au pays pour qu'il me la retrouve. Il me l'a envoyée, et à quatre minutes dix-sept il y a exactement ce que j'avais dans la tête, un truc que tout le monde chez nous reconnaît sans savoir le nommer.

C'est ça que je vends, au fond. Pas une histoire de marque, une mémoire qui se vérifie en appelant son père.

La vidéo que ma mère a filmée

Le mois dernier, ma mère m'a envoyé une vidéo de Maminus dans son jardin.

Il faisait trente degrés. Elle voulait me montrer que malgré ses douleurs et son état de santé, malgré tout ce dont elle se plaint quand on l'appelle, ma grand-mère continuait d'aller y transpirer.

Je l'ai regardée plusieurs fois. J'ai une expression qui me sert quand je me plains de mes journées : never rest like Maminus. Elle ne fait pas de pause, à son âge, dans son jardin, pour des plantes qu'elle n'a plus besoin de faire pousser.

Cette vidéo passe maintenant au début de mes masterclass, juste après le logo. Trente secondes, sans commentaire. Ça explique la maison mieux que je ne sais le faire.

Ce que j'en fais

Je produis peu, à la main, à Marseille, avec des recettes que je n'ai pas inventées. Je les ai reçues, je les ai calées, et j'ai passé six ans à retrouver un ingrédient parce que je n'arrivais pas à faire semblant.

C'est plus lent et plus cher. C'est le seul intérêt de la chose.

Goûter ce qui en est sorti

Le GREEN d'aujourd'hui est infusé à la brisée, la feuille de la recette d'origine. Découvrir le GREEN

Le FIRE vient de sa recette de piment et d'hibiscus. Découvrir le FIRE


L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.