
Référencer un rhum dans un bar à cocktails : qui décide
2026-10-13Par Marvin, fondateur et chef d'ANTIK
Je fais du rhum infusé à Marseille, et entre mi-juin et mi-juillet 2026 je suis allé le faire goûter dans les bars à cocktails parisiens, voici ce que j'y ai vu sur la façon dont un rhum entre à la carte, ou n'y entre pas.
Publié le 11 octobre 2026.
Référencer un rhum dans un bar à cocktails : d'où je parle
Je ne tiens pas de bar, je suis celui qui pousse la porte avec ses bouteilles. Je ne viens pas avec un rhum blanc ou un rhum ambré de plus, je viens avec du rhum infusé : trois références, FIRE, GREEN et YELO, toutes à 50 % vol., avec moins d'1 g de sucre par litre. Ce chiffre de sucre est celui que la maison annonce, je ne joins pas d'analyse à cette page.
Ma matière, c'est cette tournée. Tout passait par une dégustation avec l'équipe, puis par un décisionnaire souvent absent. Les refus tenaient moins au goût qu'à la maison : alcools faits sur place, accord avec une autre marque, carte figée pour un an, clientèle qui ne demande pas d'agricole. Je parle de mes bouteilles et pas de celles des autres, mais si vous vous demandez pourquoi tel rhum est derrière le bar et pas tel autre, ça donne une idée de ce qui se passe avant.
Pour que ce soit mesurable : entre le 17 juin et le 10 juillet 2026, mes comptes rendus donnent une issue pour 27 adresses démarchées, que ce soit une dégustation, un refus, une absence, un mail envoyé ou un rendez-vous. C'est un recomptage de mes notes, il peut manquer des passages que je n'ai pas écrits, et certaines adresses de ma liste du 18 juin n'y ont laissé aucune ligne. Je ne nomme aucun bar et aucune des personnes rencontrées, c'est volontaire : ce sont des notes de travail et je n'ai pas leur accord pour les citer.
Comment une équipe de bar goûte un rhum
Le 18 juin au soir, j'avais huit adresses sur ma liste pour le lendemain. L'itinéraire était calé sur les heures d'ouverture, avec cinq à dix minutes par lieu. En cinq à dix minutes je fais goûter à qui est derrière le bar et je repars avec une adresse mail, rarement plus.
Je note tout le soir, bar par bar. Un chef barman m'a reçu, il a goûté, il a aimé le GREEN et il voyait quels clients pourraient aimer les autres. Une équipe a dégusté et bien aimé le GREEN et le FIRE. Ailleurs on partirait plutôt sur le FIRE. Pour situer : le FIRE c'est piment et hibiscus, le GREEN c'est lippia alba, citron, citronnelle et galanga, le YELO curcuma, gingembre et agrumes (le gingembre en macération a sa page sur ce blog, rhum arrangé gingembre).
Le goût tient en une ligne par bar dans ces notes, le reste parle de la carte en cours et de la personne qui décide.
Qui décide de ce qui entre à la carte
Celui qui goûte est rarement celui qui commande. Un barman a apprécié les rhums, m'a laissé son mail et devait en parler à ses responsables. Dans un autre bar l'équipe était sympa, j'ai eu le mail de la responsable bar et je compte sur l'équipe pour appuyer. Un responsable m'a donné deux adresses, la sienne et celle de la personne qui s'occupe du référencement. Une interlocutrice intéressée devait d'abord faire valider par son patron.
Le cas le plus net, c'est un bar où le responsable était absent. Deux membres de son équipe m'ont bien reçu et ont beaucoup aimé les rhums, sauf qu'ils n'avaient pas la main sur les commandes. J'ai laissé un échantillon du nouveau GREEN pour qu'ils le lui fassent goûter.
Selon les maisons, la décision appartenait à un patron, à un associé, à un chef barman, à une responsable bar ou à quelqu'un chargé du référencement. Dans un bar tenu par deux associés, un seul des deux aime le rhum, et c'est lui qu'il fallait voir.
Les refus que j'ai entendus
Le goût était-il en cause ? Dans mes notes, je ne trouve pas un seul refus motivé par le goût.
Deux bars du même propriétaire font leurs alcools maison, avec un maximum de produits faits sur place. Je les ai retirés de la liste. Un responsable ne référence pas d'agricole parce que sa clientèle n'en demande pas, son collègue lui avait dit que c'était bon, il n'a pas demandé à goûter. Un bar a un accord avec une autre marque de rhum. Un lieu ne vend quasiment pas de cocktails et très, très peu de rhum.
Il y a le calendrier aussi. Dans un bar, la carte de cocktails était sortie dix jours avant mon passage, et pour un an. Les produits ont plu, surtout le FIRE, et on ne travaillera sans doute pas ensemble de sitôt. Dans un autre établissement, mon contact était parti deux jours plus tôt, fin de contrat. Il m'a prévenu que la maison n'avait pas d'ouverture sur le cocktail, j'ai quand même vu le nouveau chef barman, sans me faire d'illusions sur une commande.
Et un bar refuse les rhums infusés. Je sais que la catégorie traîne l'image d'une préparation très sucrée où le rhum s'efface derrière les fruits et le sirop (la macération de fruits et d'épices a ses pages sur ce blog, rhum arrangé vanille et rhum arrangé ananas). Moi je veux des rhums qui fassent honneur au rhum, pas des préparations où l'on ne sait plus ce que l'on boit, je l'ai dit tel quel dans un portrait de presse. Ce bar-là, je l'ai retiré de la liste avec les autres.
Ce qui ouvre une porte
Ce qui ouvre, le plus souvent dans mes notes, c'est quelqu'un dans la maison qui aime le rhum. Dans un bar, le chef barman est amateur : j'ai noté d'écrire deux jours avant mon retour à Paris, mi-juillet, pour caler un rendez-vous avec lui.
Le sourcing ouvre aussi. Un établissement source 100 % français, j'ai envoyé un mail. ANTIK est fabriqué à Marseille avec des approvisionnements majoritairement français. Majoritairement, pas à 100 %, autant l'écrire.
Quand le patron goûte lui-même, je sais au moins à qui parler. Dans un bar ils ont aimé les rhums, avec une préférence pour le nouveau GREEN, et c'est le patron qui m'a répondu directement. Dans un autre, j'ai calé un passage le lendemain à 18 h pour faire goûter ce même GREEN au patron.
Pour les prises de contact, je me présente d'abord et le rhum vient après : je fais ANTIK à Marseille, du rhum infusé à 50°, sur des recettes de Maminus, ma grand-mère martiniquaise. Pour la reconnaissance, j'écris « Top 10 rhum Gault et Millau avec la note de 92/100 ». Le classement en question, c'est celui des meilleurs rhums infusés France & Antilles de Gault & Millau, où ANTIK est noté 92/100. Je le cite ici comme dans mes messages, sans l'édition du classement ni le détail par bouteille. Dans l'objet du mail j'écris « infusions de rhums », je trouve ça plus classe.
Le temps long du référencement
Le patron qui avait aimé le nouveau GREEN m'a dit qu'il ne se plaçait jamais sur une commande sans y réfléchir. Je lui ai laissé une semaine avant de relancer. Ailleurs c'est le même rythme, relance à J+7.
Le bar aux deux associés, j'y suis passé un mardi à 18 h pour voir celui qui aime le rhum. Il était absent. Ça faisait cinq fois au total que j'y allais pour rien, alors on les laissera revenir vers nous. Dans un autre bar, le décisionnaire était absent et on m'a dit de revenir le lendemain à 19 h, j'y suis retourné, deux personnes de l'équipe ont goûté et bien aimé, j'ai eu un mail, avec une relance prévue à J+7.
Il y a des pertes que je ne maîtrise pas. Une responsable sur le départ m'a laissé le mail de sa direction, il ne fonctionnait pas. Quelqu'un connaît les produits, les aime bien et n'a jamais clairement passé commande, je l'ai classé en tiède. Trois adresses, je ne les ai pas faites du tout, faute de temps, et elles ne sont pas dans les 27.
Et je suis pas véhiculé. Pour les salons, je préfère envoyer des échantillons que d'y aller. À un responsable de bar déjà croisé, qui n'avait jamais goûté, j'ai écrit fin juillet que mes rhums seraient au Whisky Live les 26 et 27 septembre à la Villette et que je pouvais aussi lui déposer des échantillons au bar.
Ce que la tournée a donné
Sur les 27 adresses de mon décompte, mes notes contiennent une commande ferme. Un bar où les temps sont durs a pris une bouteille de chaque pour commencer et voir comment ça part. Au tarif professionnel de l'été 2026, soit 25 € HT la bouteille (30 € TTC), je vous laisse mesurer ce que pèse ce bon de commande face au nombre de portes poussées.
Le reste, ce sont des mails envoyés et des relances datées. J'ai un rendez-vous noté avec un chef barman le 21 juillet. Il me restait à donner à l'équipe qui avait aimé le GREEN et le FIRE le nom de la personne en charge de la vente chez le distributeur. Une adresse en écoulement de stock, vue le 17 juillet et hors de ce décompte, m'a dit qu'elle serait partante en septembre. Avec un client déjà servi, j'ai préféré le laisser écouler son stock et lui recaler une caisse de chaque rhum à mon retour, plutôt que de passer tout de suite pour une caisse panachée.
Mes notes s'arrêtent là, un mail envoyé n'est pas une commande, et ce que les relances ont donné depuis n'y figure pas.
Questions fréquentes
Qui décide de ce qui entre à la carte d'un bar à cocktails ?
Dans les bars où je suis passé, c'était selon les maisons le patron, un associé, le chef barman, la responsable bar ou une personne chargée du référencement. Le barman qui goûte en parle ensuite à ses responsables.
Pourquoi un bar refuse-t-il un rhum que son équipe a aimé ?
Les motifs que j'ai notés : une carte de cocktails sortie dix jours plus tôt et prévue pour un an, un accord avec une autre marque, des alcools faits maison, une clientèle qui ne demande pas d'agricole.
Combien de temps faut-il pour référencer un rhum dans un bar à cocktails ?
Je n'ai pas de durée à donner. J'ai un patron à qui j'ai laissé une semaine avant relance, des relances à J+7, et un bar où je suis passé cinq fois sans voir le décisionnaire.
L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.